Publi le lundi 19 mai 2008

La fête des Patriotes

19 05 2008

C’est aujourd’hui la fête des Patriotes. Je suis tout à fait d’accord pour qu’on honore leur mémoire. Ils se sont battus, plusieurs en sont morts, pour que le Bas-Canada soit doté d’institutions démocratiques. Mais est-ce une raison suffisante pour en faire une fête nationale?

Le combat des patriotes était essentiellement politique. Ils ne souhaitaient pas l’indépendance du Bas-Canada, mais ils voulaient des réformes pour que les institutions coloniales de style aristocratique soient remplacées par des institutions démocratiques inspirés par le modèle mis en place aux États-Unis après la révolution de 1776. Leurs principales revendications étaient que le Conseil législatif soit élu par le peuple,  que la désignation du Conseil exécutif soit conforme à la majorité élue, que la nomination des juges, procureurs et officiers de milice soient faite de façon non partisane et que l’Assemblée législative élue obtienne des pouvoirs supplémentaire. Il est très peu question de langue et de culture dans les revendications et les écrits des Patriotes. Ce n’est que par extension, qu’on peut prétendre que le combat des Patriotes était une lutte pour la survie des canadiens-français. Mais ce n’était pas l’angle d’attaque des patriotes même si on peut croire que plus de démocratie aurait mieux servi la majorité francophone. Malheureusement les Patriotes ont perdu leur combat. Les conséquences auraient pu être désastreuses, car leur défaite a mené à l’Acte d’union de 1840 par lequel le Québec s’est retrouvé en minorité dans les institutions politiques du Canada. Pour survivre nous nous sommes repliés sur nous-mêmes pour les 100 années qui ont suivies.

Il y a un autre truc qui m’agace. Sommes-nous le seul peuple au monde à fêter ses défaites? Fêter les Patriotes par une célébration et un congé ferrié national n’est-ce pas un peu comme si les français célébraient la défaite de Napoléon à Waterloo ou les américains la débandade au Vietnam?  À l’origine cette fête canadienne  était celle de l’anniversaire de la reine Victoria. On s’est dit qu’on ne pouvait quand même pas célébrer un symbole de la conquête, notre plus grande défaite. Alors on l’a remplacée par une plus petite défaite, celle de Dollard Des Ormeaux aux mains des Iroquois. Finalement, la Parti québécois a décrété en 2001 qu’on fêterait dorénavant les Patriotes symboles de notre survivance malgré leur défaite. Sincèrement, je ne vois pas là une occasion de faire le party, leur rendre hommage oui, mais nous réjouir vraiment? En plus, c’est un événement monopolisé par les indépendantistes dans lequel tous les québécois ne se reconnaissent pas.

Pourquoi ne pas plutôt célébrer l’événement historique le plus victorieux de l’histoire du Québec, la révolution tranquille. C’est l’événement fondateur du Québec moderne auquel nous pouvons tous nous identifier. Elle a été déclenché pas l’élection des libéraux en 1960, mais René Lévesque y était. C’est la création d’Hydro-Québec, du ministère de l’éducation, de l’assurance maladie, de la SGF et de la Caisse de dépôt et de placement, etc. Les années 60 c’est l’émergence des mouvements syndicaux, de la mouvance souverainiste et de Québec Inc. Il y en a pour tout le monde. D’ailleurs, ma décision est prise, c’est ce que je vais célébrer à partir de maintenant, un événement victorieux pour mon peuple.